Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 2– Byzance, c’est fini ! (par Ann)

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L’emmurée

Légende médiévale

II – Byzance, c’est fini !

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Parmi la foule de curieux massés sur la place de Jaude, se trouvait un certain Pierre originaire d’Amiens. Ses yeux brillants d’une intelligence très moyenne et d’un fanatisme sincère transperçaient la capuche de son froc de laine grossière. Il y avait déjà longtemps qu’il avait planté femme et enfants quelque part dans le Pays de Picardie pour se retirer dans le monastère le plus austère qu’on put trouver sur les terres de Palestine. Sa foi empreinte de superstitions servait seule, son vernis de vérité. Ce n’était pas un savant mais il avait l’éloquence des fous qui convainc les ignorants.

On dit que cet anachorète enflammé s’en revint en Europe pour implorer le pape qu’on sauve Jérusalem des flammes infidèles. Cet obscur moine ignorant eut-il été capable de persuader le Vatican mieux que l’empereur byzantin qui envoya moult fois ses émissaires auprès des Chrétiens d’Occident ? Certains chroniqueurs l’avancent. Mais il est indéniable qu’en la capitale arverne,[1] les paroles du pape finissaient de donner un sens à sa vie de reclus.

Il partit prêcher à l’humble plèbe du royaume des francs affligée de mille fléaux qu’un pèlerinage armé sauverait la Chrétienté et leur âme.

– Ecoutez la voix de Dieu. Sécheresses et famines sont des épreuves envoyées par le Seigneur à ses enfants. Au nom des pesteux[2] du feu qui payent leurs égarements par le tribut de leurs membres consumés, Pauvres pêcheurs, prenons la route pour délivrer Jérusalem des infidèles. Aux Pâques dernières, au cœur de la nuit de Saint-Ambroise,[3] les étoiles du firmament sont si drument tombées sur la terre qu’il fut impossible à aucun être humain de les compter. Signe du Seigneur Dieu ! Le soleil s’est auréolé d’une couronne de ténèbres et la lune a disparu par deux fois sous un épais voile noir. Quand les plaies du firmament saignent au nord, il lève au sud, une épée embrasée. Mes frères, il n’est que temps de prendre vos bâtons.

Pierre dit l’Ermite illustrait ses paroles en brandissant une lettre de Dieu aussi vierge que le ventre de Marie pour finir d’embrouiller les esprits apeurés et illettrés. Il n’y eut guère que son âne à rester imperméable à l’appel sordide d’une guerre salvatrice. Le prédicateur entraina ainsi derrière son bourdon de pèlerin, une armée de femmes, d’enfants et de vieillards qui n’entamèrent de combats que le meurtre et le viol en paiement des pillages qu’ils perpétrèrent sur les populations juives établies sur la route. Ces Croisés de va-nu-pieds qui avaient survécu aux périls du voyage jusqu’à Constantinople, n’attendirent pas l’arrivée des barons pour périr sous les coups des Mahométans comme des moustiques sous la tapette du dilettante de paix agacé par le tapage.

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Ann

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[1] Clairmont sur l’emplacement actuel de Clermont-Ferrand.

[2] Victime de l’ergot du seigle

[3] 4 avril 1095

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