BD : « Et merde… » (par Puiss)

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Puiss

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4 comments

  • Salut Puiss!

    Je ne suis pas une femme pour juger s’il y a des formes de misogynie plus ou moins dégueulasse (on ne se poserait pas la même question pour le racisme), mais les chansons misogynes de Brel m’ont toujours parue beaucoup moins gerbantes que celles, haineuses et meurtrières, de Léo Ferré. D’abord parce qu’il a toujours eu le bon goût, à chaque fois qu’il se lançait dans de grandes imprécations sur les femmes en général de se mettre dans la peau du grand couillon qui s’est fait avoir par une femme plus forte que lui, qui a horriblement souffert, mais qui a tellement aimé se faire avoir qu’il n’a qu’une seule hâte: rejouer, et perdre encore (j’aurais plein d’exemple: « Mathilde », « le lion » et même la « demoiselle inconnue » à la fin de la chanson que tu cites). Et d’autre part, il en a suffisamment chié dans sa propre vie avant de devenir beau pour faire de temps en temps des portraits de femmes d’une grande finesse, à des kilomètres de ses caricatures de redoutables salopes prédatrices (par exemple, trois chansons plus loin, celle « que la foule grignote comme un quelconque fruit »).

    Tiens… plutôt que de se prendre la tête sur ce qui dans les chansons de Brel relève du théâtre et ce qui relève de la conviction, autant l’écouter parler devant une bière et jouer son propre personnage. « Je ne dis pas que la femme est méchante, je dis que l’homme est con » ( https://www.youtube.com/watch?v=mOcGIXe5RmQ ).

    Du coup à mes yeux ça reste un adulte tout à fait fréquentable parce qu’il essaie de toutes ses forces d’être honnête, et après 20 ans à écouter en boucle son dernier album, j’y trouve toujours des leçons de vie à méditer (tiens tu m’as donné envie de le réécouter, et rien que pour ça je t’en remercie) . Mais je n’irai pas en faire un maître à penser en matière d’émancipation des femmes.

    En 1977, Brel a 48 ans et plus que quelques mois à vivre. Il le sait. Il n’a plus rien à prouver, mais se sent encore des choses à nous dire sur l’Universel, sur l’amitié, sur l’amour et sur la vie. Après avoir salué la prochaine victoire de la gauche en France, et avant de faire capoter le pacte d’Egmont en crachant son petit jazz-funk fransquillon, il décide de se payer le féminisme et ses alliés en une petite phrase de derrière les fagots, celle-là même que tu cites.

    Deux ans avant, alors que l’ONU venait de proclamer l’année internationale de la femme (ça ne mange pas de pain), le barde communiste Jean Ferrat en avait profité pour faire une petite chanson où il déclarait avec Aragon que la femme était l’avenir de l’homme. Le « un certain’ de la chanson, c’est lui. Brel veut bien s’occuper de la condition ouvrière après Jaurès, mais certaines choses ne peuvent pas, et en tout cas ne DOIVENT pas changer. Les flamand-e-s aboient et les femmes toujours ne ressemblent qu’aux femmes. Aux un-e-s et aux autres, Brel dénie le partage de l’Universel. C’est son Unversel à lui, et les femmes et les neerlandophones sont bien incapables d’y accéder, englué-e-s les unes dans leurs ruses et les autres dans leur patois. C’est comme ça et il n’y a rien à comprendre ni à négocier. Quand aux casses-couilles suicidaires qui comme Ferrat veulent faire une place à leurs revendications et pourquoi pas leur accorder l’égalité, « et bien tant pis pour elles… »Non, je me trompe de chanson…

    Du coup, je ne suis pas sûr de comprendre ton dessin. Le personnage de « la ville s’endormait » nous dit clairement en 1977 que, pour lui, les femmes ne savent pas devenir autre chose que ce qu’elles sont, que c’est la nature qui veut ça et que toute tentative d »aller contre ça est de l’utopie chiante. Et que se passe t’il quarante ans plus tard? Les inégalités salariales demeurent, mais l’euro de foot féminin passe à la télévision. Et du coup on découvre qu’en plus des vices naturels que Brel leur prêtaient, les femmes sont capables de choper en plus les vices des mecs, d’être aussi vicelardes que des footballeurs masculins, aussi teigneuses que des footballeurs masculins, aussi bagarreuses que des footballeurs masculins, aussi mal coiffées que des footballeurs masculins. Comme quoi, Brel se trompait avec ses femmes qui ne ressemblent qu’aux femmes. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il y a de triste là dedans. Contrairement à ce que Brel et Ferrat prédisaient, on n’est pas sorti-e-s du capitalisme, donc on n’est pas sorti-e-s de la guerre. Donc autant que les femmes soient aussi bien armées que les mecs pour résister aux tacles qu’elles vont fatalement se prendre.

    Pour ce qui est des jolies choses tendres que Ferrat promettait aux mecs en échange de leur domination (« réapprendre à vivre, ensemble écrire un nouveau livre, redécouvrir tous les possibles »), on verra après la révolution.

    Bises

    Ashraf (Ik ben van Luxembourg…)

  • puissant sébastien

    Salut.
    C’ est cool! Je te remercie de réagir par rapport a mon dessin! (c’ est tellement plus amusant quand ça arrive!).
    Pour commencer… concernant Brel… tu possèdes « ta » perception de son oeuvre.
    En ce qui me concerne… il y a des choses que je ne perçois pas de la même façon que toi.
    Et c ‘est très bien car c’ est ça qui fait la richesse d’ une oeuvre artistique!
    Qui lui donne une vrais raison d’ être!

    Je ne vois pas ce qu’ il y a de misogyne dans ses textes… pour moi, ça parle de la vie, ça cause de la diversité humaine avec ses bons et ses mauvais côtés.
    Je n’ ai pas la prétention de soutenir que j’ ai compris toutes les pensées de brel jusqu’à la dernière virgule.
    De tout analyser pour décrypter le fin fond de son cerveau.
    Une fois de plus… la liberté d’ interprétation…

    Sinon… Ne peut on critiquer une femme sans se faire harponné de misogyne, uniquement si il s’ agit de Marine Le pen, Eva braun ou Margaret thatcher?!

    Dans mon dessin, si je n’ ai marqué que « …et merde… » c’ était clairement pour laisser planer un doute, créer un questionnement et surtout… faire chier. 🙂

    Si il y a bien une chose que je refuse… c’ est de jouer le rôle d’ un messie qui dit ce qui est bien et ce qui ne les pas. De faire le moralisateur a deux balles ou de suivre un quelconque gourou car… ce monde est irréversiblement trop stupide. ( a part le couscous merguez accompagné d’ un petit sidi brahim… bien entendu!!! )

    Bon appétit et santé… bien sur! (histoire d’ en profiter le plus longtemps possible! 🙂

    Au plaisir… peut être à Lyon un de ces quatre… et on ira se boire une bière… 😉

    cordialement. Puiss.

  • Forcément si c’était exprès pour laisser planer un doute, c’est normal que ça laisse planer un doute.

    Après, c’est une question d’approche. Moi en général quand je fais un dessin, c’est parce que je suis violemment pour ou contre un truc, et que je veux absolument faire partager mon point de vue autour de moi: « nan, mais c’est génial » ou alors « nan, mais c’est dégueulasse ». Du coup je fais en sorte d’y aller au marteau pilon. Si j’ai pas trop d’avis sur un truc je reste chez moi à boire des bières en écoutant Brel et du crust-punk.

    A plus pour une bière.

  • puissant sébastien

    Salut, la forme?
    Oui… c’ est très bien tout ça mais j’ y reviens… c’ est ton choix!

    Là… il s’ agit là de ta démarche.
    Tu as choisi d’ être a 100/100 militant dans tous tes dessins et c’ est très bien… Je ne juge pas… C’ est ton trip. (C’ est ton but a toi et continue ainsi!) ( et surtout… fais toi plaisir!)
    Mais… point de vue artistique,ce n’ est pas le mienne. (même si il y a beaucoup de choses que j’ aime là dedans et que je suis le premier a participer aux manifs et compagnies…)

    Je pense seulement que… si tous les artistes étaient ou avaient été dans un trip (uniquement) militant lors de l’ élaboration de leurs oeuvres… la création aurait eu un frein et nous serions passé à côté d’ énormément de choses magnifiques.
    ( Mais aussi a coté de trucs qui heurtent, voir même…des trucs dégueulasses que je ne cautionne absolument pas! Mais… qui, quand on y pense, donne un sens a ta démarche!)
    Je pense que sans paradoxes… il ne se passerait rien.
    Nous n’ aurions plus de raisons de vivre! Plus rien a combattre! Plus rien a vouloir changer! Plus rien a créer!
    Nous serions tout juste bon a brouter calmement dans la prairie … mais pas sans risques!
    Une mort imminente due a une production massive de gaz a effet de serre en provenance direct de nos couches chargées de pailles et de nos boyaux chargés de foin. 🙂

    Et oui… il y a des trucs qu’ on aime, des trucs qu’ on aime pas… qu ‘on déteste… qu’ on pige pas, qu’ on voudrait changer etc…
    Je pense que nous sommes tous dans ce cas. (tous… sans exception.)
    C est ça… l’ humanité!
    tout le monde prend des routes différentes… seul ou en communauté et ça part dans tous les sens.
    y faut faire avec car le délire de pensée unique (de droite comme de gauche) ne donne rien de
    bon non plus.
    Ceci dit… j’ aime beaucoup aussi, le punk, la bière et Brel mais cela n empêche pas que nous soyons en divergence d’ opinions sur un point.
    Mais c’ est cool… ça provoque un échange.
    Alors que dans ce monde, en générale… ça provoque plutôt des conflits.

    p.s: Cet après midi, j’ ai décidé de ne pas avoir trop d’ avis sur des trucs mais je pense que je ne vais pas rester chez moi à boire des bières en écoutant brel et du crust-punk… une petite ballade a bicyclette me tente beaucoup. 🙂

    A plus…

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