Littérature : « Bagasse ! » / EPISODE 2 « Chez Gilou. » (PAR ANN)

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Bagasse

Episode 2

 Chez Gilou.

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Mais pourquoi autant de hargne ? Quand Chantal avait quelqu’un dans le nez, c’était pour la vie et avec Chantal accrochée aux basques, la vie pouvait sembler très longue. Elle savait se souvenir d’une crasse et surtout trouver le moment propice à une vengeance sournoise bien sentie. Et le temps qui passait, fertilisait l’imagination de Chantal. Elle avait la patience des vieux sages et le panache des vraies garces.

Mais Jess n’avait pas même le talent d’attirer une antipathie tenace. On n’avait rien à attendre de cette ombre amorphe de poupée malingre et désarticulée dont le minois de poisson mort, trahissait un esprit éteint que seul le vice embrasait un instant le visage comme un fétu de paille souillé.

Le logement de Chantal se situait à côté de « Chez Gilou », pizzeria, plats du jour et mieux le plus souvent. C’était un établissement simple tout en profondeur à l’ambiance sobre et net. Chantal n’allait pas se priver de ce moment solitaire de repos devant un bon plat arrosé d’un pichet de Tursan.

La veille déjà, elle avait cédé sans malice à la tentation d’un repas chaud, loin des cartons qui envahissaient tout son rez-de-chaussée. Elle avait profité du patio ensoleillé, d’un apéritif et du regard furtif de Jess déguisée en serveuse se fendant à chaque table, d’un rictus forcé, pitoyable grimace de gargouille moussue. A chaque table, non !

Malgré les encouragements amusés du patron, elle ne se présenta pas à la table de Chantal, abandonnant sans réserve, le privilège du service à son collègue. Jazz, un garçon efficace et tout sourire, entre deux plats du Jour servis au bar à l’autre bout du restaurant, veilla du menu au dessert au confort de la cliente embarrassante. Chantal savourait le manège de la pauvre Jess toujours intensément occupée avec une autre commande quand il s’agissait de satisfaire l’ennemie armée d’un solide appétit de sadisme.

Chantal fixait si bien la pauvre fille que celle-ci faillit bien briser une carafe et renverser sur le ciment, l’andouillette du directeur de la Mutuelle Agricole fuyant lui aussi le regard de Chantal qui jubilait de la bêtise de l’une autant que de la gêne de ce ponte de la banque locale (mais là est une autre histoire qu’un jour peut-être, je vous raconterai). Chantal trônait comme une harpie au milieu de tant de bassesse.

Mais ce lendemain, il faisait gris sur Groseille–lez-Amours.

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Suite la semaine prochaine….

Ann

Episode 1 : http://foutouart.fr/litterature-bagasse-episode-1-par-ann/

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