Actu décalée : Bella Ciao (par Antonin Galano)

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Il y avait quelque chose qui manquait sur notre site déjà bien rempli.. Du rédactionnel c’est certain, mais aussi un peu de légèreté et d’humour noir dans la lignée d’un Coluche ou d’un Desproges. Heureusement, l’arrivée d’Antonin Galano à Foutou’art vient redresser ce tort grâce à sa prose sans retenue savamment mélangée à l’actualité tous azimuts.

A ceux et celles qui sont dénués d’humour et de second degré merci de vous abstenir !!!

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Bella Ciao

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J’ai deux connaissances proches qui sont atteintes du covid. Un couple d’amis.

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C’est pas pour me vanter mais on se sent privilégié. C’est un peu comme connaître quelqu’un qui est mort du cancer ou au Bataclan. On intègre une grande et belle famille et on peut s’en ragaillardir avec une fierté que l’on peine à dissimuler. Malheureusement, le couple d’amis en question est toujours vivant. Pour le moment. On voit par-là qu’on ne peut pas tout avoir.

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Lui est ingénieur dans le nucléaire, elle psychomot’ ou ergothérapeute, je ne sais plus tout à fait car je l’écoute généralement d’une oreille alcoolisée mais quelque chose qui se situe à mi-chemin entre la vraie science et une barquette de Montessori. C’est dire s’ils ont voté Macron aux dernières. Tout le monde fait des erreurs. Quand ils ont mis leur chaton au micro-ondes pour lui sécher les vibrisses, il y avait de la place pour une seconde chance. Maintenant, ils ont un chien et un four à chaleur tournante. Mais dans le cas présent… Attraper le covid quand on a voté Macron, c’est comme attraper le sida quand on est encarté au parti chrétien-démocrate. On a envie de dire : na-na-na-na-nè-reuh !

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On compte environ 24 000 morts depuis le début de l’épidémie. Dans le lot, un pourcentage non négligeable a voté en toute connaissance de cause pour le projet de destruction méticuleuse des institutions publiques, hôpitaux inclus, et ce, dès le premier tour. On voit par-là que tous les morts ne sont pas à déplorer. Quand on s’est félicité que les CRS défoncent les tibias des infirmières il y a trois mois, il semble pour le moins malvenu de les applaudir à 20h aux fenêtres de l’hypocrisie nationale. De toute évidence, quand on a la peur au ventre et la merde au cul, on ne craint plus de s’étouffer dans la contradiction.

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Eût égard à sa profession, c’est elle qui lui a refilé le covid. Eût égard à ses sorties extra-professionnelles, c’est lui qui lui avait refilé des chlamydias l’année dernière. Chacun son environnement à risque. Il aurait pu lui en vouloir mais il voit le bon côté des choses : ça efface l’ardoise des chlamydias de l’année dernière. Ce n’est pas le cas de Lorena Quartana et Antonio De Pace, un couple de siciliens étudiants en médecine. L’histoire s’est déroulée au début du mois.

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(NB : je prie aux millions de personnes qui me lisent chaque jour de m’excuser pour le lien Paris Match. Je n’ai malheureusement trouvé aucune source dans un média dit « sérieux ». L’hypothèse la plus probable est que tout le monde s’en branle).

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Riposa in pace

Entre trois crachats de voisins paranoïaques et plusieurs postillons de contaminés démasqués, Lorena officie tous les jours à l’hôpital pour prendre soin des malades, avec l’abnégation que l’on impute à la vocation. De son côté, l’infirmier Antonio, surnommé figlio di puttana par son entourage et le reste de l’Italie, demeure à la maison pour prendre soin des rhododendrons. Mais depuis deux jours, ses ongles de pied ne poussent plus et son coude le grattouille quand il regarde la dernière saison de la Casa de Papel. Quand on avise le cul d’Úrsula Corberó, ça devrait être autre chose qui le grattouille. On voit par-là que le mal est profond.

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Bref, il faut pas le prendre pour un con Antonio : fort de sa formation médicale et parfaitement au courant de la liste des symptômes liés au covid, il se sait condamné. Après avoir ausculté les rhododendrons puis noyé ces derniers dans le gel hydroalcoolique par mesure de précaution, il attend de pied ferme Lorena, bien décidé à en découdre. Il sait. Il sait que c’est elle. C’est forcément elle. Qui d’autre ? Hein ? Qui ?

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Alors que Lorena passe la porte en lançant un « ciao, come va, mi amore ? », Antonio se jette sur elle et, tout en l’étranglant à mort, lui répond « bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao ». Il faut vraiment arrêter avec cette chanson, c’est horripilant. Là-dessus, et parce que personne ne veut un cadavre de contaminée près de l’entrée sinon y a plus la place pour ceux des bières, il appelle les carabinieri pour qu’on vienne le débarrasser. Ces derniers procèdent à son arrestation et, pour se justifier, Antonio décrète qu’elle l’a contaminé avec le covid. Après prélèvement sur le cadavre, Antonio et les rhododendrons, les résultats sont formels : les trois sont négatifs. Ça donne à réfléchir. Quand on voit que même les infirmiers cèdent à l’émotion plutôt qu’à la raison, on comprend la paranoïa généralisée des non-sachants.

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Bref, deux articles en une semaine sur les violences faites aux femmes. Si ça continue, je vais passer pour un white knight à la con. Quelle plaie, ce putain de virus.

Antonin Galano

Son Site : https://perturbateurdendoctrines.wordpress.com/

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