Logo S’abonner | Connexion
Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux ! Dailymotion Discord Facebook Instagram Mastodon Pinterest TikTok YouTube

Mineurs isolés à Lyon : témoignage du Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse

Pour vous abonner, rendez-vous sur : https://foutouart.fr/inscription/ et pour découvrir notre boutique en ligne : https://foutouart.fr/la-boutique-du-foutouart/

Plus d’interviews ? Cliquez ICI !!!

Mineurs isolés à Lyon : témoignage du Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse

Pour comprendre la situation dramatique des mineurs isolés à Lyon, nous avons interviewé le Collectif Soutiens/Migrants Croix‑Rousse, porte-voix de ces jeunes. Composé de bénévoles et d’exilé·es, le collectif accompagne depuis 2019 les mineur·es isolé·es, veille à leurs droits fondamentaux et lutte pour leur accès à l’hébergement, à l’éducation et aux soins. Face à des institutions qui négligent souvent (et volontairement ?) ces droits, il reste l’un des rares acteurs capables de relayer les difficultés concrètes et d’organiser la solidarité autour de ces jeunes vulnérables.

Un immense merci à elles/ eux d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, et nous vous encourageons à suivre leur actualité pour connaître leurs actions et engagements sur leurs différents réseaux sociaux.

Retrouvez le Collectif Migrants Croix-Rousse sur les réseaux sociaux : 

https://www.facebook.com/soutiensmigrantscroixrousse/

https://www.instagram.com/collectif_soutiens_migrants

https://www.helloasso.com/associations/exile-es-soutiens-lyon

Le contexte

Mineurs isolés à Lyon

À Lyon, de nombreux mineurs isolés vivent depuis des années dans un abandon dramatique de la part des pouvoirs publics. Leur sécurité est mise en péril, et les institutions semblent ignorer leurs obligations légales de protéger des mineurs en danger.

Déplacés régulièrement — sur les pentes de la Croix-Rousse, ou dans d’autres squats temporaires — beaucoup ont finalement été accueillis courant 2019 au squat Maurice‑Scève; présenté par le New York Times comme l’un des plus grands squats de migrants et mineurs isolés en Europe. Face à la surpopulation du squat, plusieurs jeunes avaient tenté d’ouvrir un nouveau site à Vaulx-en-Velin, réprimé avec une violence inouïe et tragiquement marqué par la défenestration de plusieurs jeunes.

Malgré une longue bataille juridique contre la Métropole de Lyon, le squat a été évacué en 2020. Beaucoup de mineurs n’ont pas été relogés et se sont retrouvés dans un campement de fortune au Jardin des Chartreux, dans des conditions sanitaires indignes et insalubres, ce qui constitue une violation du « droit à l’enfant ».

Pourtant, une solidarité remarquable s’est développée autour de ces jeunes. Associations, collectifs et habitants se mobilisent dès le début de leur implantation dans le quartier. Les mineurs participent eux-mêmes à la vie locale et culturelle, organisant concerts, expositions et débats. Et n’en déplaise aux fâcheux (et aux racistes), ils se sont également fait remarquer à plusieurs reprises en apportant secours à des personnes victimes d’agressions.

Cet hiver 2025, plus de 300 jeunes étaient toujours « parqués » au jardin des Chartreux. Malgré les alertes de Médecins du Monde, certains ont dormi sous la neige. Comme l’année précédente, la paroisse Sainte-Polycarpe a ouvert ses portes à une cinquantaine d’entre eux.

Face à un nouvel abandon institutionnel, une mobilisation massive de citoyens, associations et collectifs a forcé la Préfecture et la Métropole à ouvrir deux gymnases encadrés par l’Armée du Salut. Scandale : des dizaines de jeunes ont été laissés à la rue malgré le froid glacial. Le 115, submergé, et les gymnases, insuffisants, n’ont pas pu accueillir tous les mineurs. Certains ont dû « squatter » un logement social, expulsé par la Préfecture le 16 janvier. Début mars, malgré la solidarité des habitants, ils sont retournés au jardin des Chartreux, toujours livrés à leur sort.

1 – Depuis leur expulsion du local vacant de la société Batigère et du gymnase Chanfray, où dorment ces jeunes actuellement ?

Les jeunes dorment en partie au campement du jardin des Chartreux et en partie à l’église Saint-Polycarpe, occupée depuis le 23/11/2025, où une cinquantaine de jeunes peuvent se mettre au sec, uniquement la nuit.

 

2 – Pouvez-vous présenter le Collectif de Soutien aux Migrants de la Croix-Rousse ? Êtes-vous soutenus par d’autres collectifs, associations ou formations politiques ?

Le Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse est un collectif composé de personnes solidaires et d’exilé.es qui s’est constitué en 2019.
Il s’est donné pour but de promouvoir, défendre et veiller à l’application des droits fondamentaux des personnes migrantes, exilées, vulnérables, quelle que soit leur situation et de favoriser toutes initiatives permettant d’améliorer leur situation, en particulier par des actions vis-à-vis des pouvoirs publics visant à leur garantir l’accès aux droits fondamentaux tels que l’accès aux soins, à l’hébergement, à la scolarité, à la formation et au travail

Depuis 2021, nous accompagnons principalement des mineur.es isolé.es étranger.ères pendant la période de leur recours devant le juge des enfants.
À leur arrivée à Lyon, les jeunes migrant·es isolé·es mineur·es sont dirigé·es vers le Centre de Mise à l’Abri et d’Évaluation (CMAE) géré par l’association Forum Réfugiés pour le compte de la Métropole de Lyon, afin que leur minorité y soit « évaluée » et pour demander à être pris·es en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

Seul un·e jeune sur trois est pris·e en charge par la Métropole à l’issue de l’évaluation. Cette minorité de jeunes rejoint directement les services de l’ASE. Ceux n’ayant pas été pris·es en charge au motif qu’iels ne peuvent prouver leur âge sont remis·es à la rue et livrés à eux-mêmes.

Ils ont alors le droit de faire un recours devant le juge des enfants pour contester cette décision de la Métropole. 75 % des jeunes accompagné·es par le Collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse et audiencé·es par un·e juge des enfants seront finalement reconnu·es mineur·es et placé·es à l’Aide Sociale à l’Enfance à l’issue du recours, mais ce recours dure plusieurs mois durant lesquels les jeunes sont abandonné.es par les institutions.

Ces jeunes « en recours » sont accompagnés par de nombreux collectifs et associations, le Collectif Soutiens/Migrants s’occupant plus particulièrement des questions d’hébergement et de plaidoyer.

Autour de chacun des campements ou squats que nous avons installés depuis des années, le voisinage se mobilise toujours en nombre pour les mineur.es (par exemple, depuis novembre 2025, 200 nouveaux voisin.es/soutiens se sont proposé.es pour les permanences à l’église Saint-Polycarpe).

Nous sommes en lien constant avec plusieurs organisations :

Nous participons activement à l’inter-orga « Collectif réfugiés 69 » qui réunit collectifs, associations, syndicats et organisations politiques pour organiser les évènements militants lyonnais pour le respect des droits des étrangers et pour un accueil digne.

Nous avons participé à la création en 2022 de la Coordination Nationale Jeunes Exilés en Danger (CNJED) et dans ce cadre nous nous coordonnons pour communiquer au niveau national avec des dizaines de collectifs comme le nôtre qui accompagnent des mineurs isolés en recours dans l’hexagone. La CNJED a ainsi pu produire et publier deux recensements des mineurs isolés en recours en France métropolitaine en 2024 et 2025 : https://utopia56.org/enquete-coordination-nationale-jeune-exile-en-danger2025.

Nous sommes quasi exclusivement financés par des dons privés.

3 – En 2025, la Métropole a alloué un budget de 767 millions d’euros destiné à la solidarité, au logement d’urgence et à l’enfance. Comment expliquer que des mineurs isolés ne bénéficient toujours pas de cette aide ?

La Métropole participe notamment au financement d’un dispositif d’hébergement de 104 places, le dispositif « Station », créé en 2020 et 2021 et dédié aux mineur.es en recours.
Nous ne pouvons donc pas dire qu’iels n’en bénéficient pas, mais cela est insuffisant et ne protège pas tous les jeunes en recours qui se trouvent mis.es à la rue pendant souvent une dizaine de mois.

 

4 – Selon vous, peut-on parler de discriminations, voire de racisme institutionnel, dans le traitement de ces mineurs ? Et comment expliquer que la Métropole, pourtant étiquetée à gauche, puisse abandonner ces enfants en plein hiver ?

L’accueil des mineur.es isolé.es étranger.ères, qui est une compétence du département (à Lyon, une compétence de la Métropole) est maltraitant sur tout le territoire français. La France a été condamnée 3 fois depuis 2023 par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, qui estime notre pays « responsable de violations graves et systématiques des droits des enfants migrants non accompagnés », notamment parce que le principe de présomption de minorité n’est pas respecté. Le comité dénonce des « évaluations [de minorité] non conformes à l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Il est difficile de penser que les critères d’évaluation, européocentrés, n’ont pas une dimension raciste.

L’arrêté national définissant ces critères demande notamment aux évaluateurs de juger l’âge des jeunes au faciès, argument jugé fondamental dans l’évaluation, permettant parfois de refuser des jeunes ayant répondu à toutes les autres exigences. Le travail des structures chargées de l’évaluation (à Lyon, Forum Réfugiés, mandaté par la Métropole) revient à chercher à montrer que les jeunes mentent sur leur âge, réactualisant ainsi le cliché xénophobe de l’immigrant·e menteur·euse et participant à la remise en question systématique de la parole des personnes noires et immigrées.

Dans ce contexte national, la Métropole de Lyon considère qu’elle a fait le maximum de ses possibilités en créant le dispositif « Station » en 2020 et 2021 et refuse depuis d’en faire davantage tant que de tels établissements ne sont pas généralisés à d’autres départements avec l’aide de l’État. Malgré la situation désastreuse dans laquelle se trouvent des centaines de jeunes sur le territoire métropolitain, le blocage est complet depuis 2022.

Les mobilisations du Collectif ne parviennent plus à faire sortir la Métropole de ses contradictions entre ses principes et ses pratiques. La ville de Lyon a en partie pris le relais en procédant à des mises à l’abri pour démanteler les campements. Mais jamais un campement n’avait duré aussi longtemps que celui du parc des Chartreux.

5 – Certaines décisions s’appuient sur la difficulté à déterminer l’âge des jeunes. L’État pratique-t-il encore des examens osseux pour établir leur minorité ? Et selon vous, est-ce un procédé fiable et éthique ?

Les juges (et eux seuls depuis la loi de 2013) sont encore habilités à demander des tests osseux pour évaluer l’âge d’un jeune.

Le procédé n’est ni fiable ni éthique.

Pas fiable, car ces tests de maturité osseuse reposent sur des données statistiques établies aux États-Unis dans les années 1930-1940 sur une population « bien portante ». Selon les professionnels, la marge d’erreur est actuellement d’au moins 18 mois pour les 16-18 ans.

Cet état de fait est plus que problématique, dans la mesure où les autorités françaises font appel à cette méthode précisément pour distinguer les mineurs proches de l’âge de la majorité.

Pas éthique, car le Comité consultatif national d’éthique soulevait que « l’absence d’enjeu thérapeutique des examens radiologiques osseux pose problème ». En effet, le test osseux n’est pas anodin puisqu’il expose la personne qui en fait l’objet à des irradiations. Il est donc particulièrement contestable de soumettre volontairement des personnes migrantes, — qui plus est présumées mineures — à ces dangers, pour des raisons qui n’ont absolument rien de médical.

 

6 – Aujourd’hui, moralement et physiquement, comment vont ces mineurs ? Peut-on encore espérer une réelle prise en charge institutionnelle pour ces jeunes en danger ?

Les jeunes sont épuisés et leur état physique et mental est tout à fait inquiétant. Nous avons alerté moult fois là‑dessus, notamment en décembre avec Médecins du Monde :
https://www.medecinsdumonde.org/actualite/a-lyon-pres-de-300-personnes-mineures-dorment-dehors-cet-hiver-alertent-plusieurs-associations-et-collectifs-citoyens/

La situation n’a fait qu’empirer depuis, malgré le répit des 12 jours du plan grand froid.

Malheureusement, il est à craindre qu’aucune solution ne soit avancée avant les élections municipales et métropolitaines. Nous préparons, notamment avec la Fédération du Rhône de la Libre Pensée, une mobilisation que nous souhaitons la plus large possible avec les syndicats et autres collectifs, immédiatement après l’élection du président de la Métropole, pour l’interpeller sur cette question, quel qu’il ou elle soit.

 

7 – Nous sommes à la fin du mois de février : où dorment-ils actuellement ? Dans la rue, dans un local, chez des particuliers ?

Comme dit plus haut, la grande majorité d’entre eux dorment à la rue au campement des Chartreux, une cinquantaine de garçons peuvent se mettre à l’abri la nuit à l’église Saint-Polycarpe, une soixantaine de garçons vivent dans un squat sur le plateau de la Croix-Rousse, et les filles sont réparties entre des hébergements citoyens et une maison conventionnée : elles sont une trentaine.

 

8 – Avez-vous saisi la Cour européenne des droits de l’homme ou d’autres instances juridiques face à cette situation ?

En 2025, la situation des mineur.es en recours en France a conduit à des condamnations de la CEDH (Cour européenne des droits de l’Homme, janvier 2025), de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme, juin 2025), du Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU (octobre 2025 et janvier 2026).

Toutes ces condamnations ne sont pas issues de démarches à notre initiative, car ces procédures sont très longues et lourdes et le Collectif préfère s’associer et relayer des initiatives de structures plus importantes qui ont davantage de moyens pour faire ces saisines (UNICEF, Secours Catholique, Ligue des Droits de l’Homme, Médecins Sans Frontières, Syndicat de la Magistrature, etc.).

9 – Lesdéclarations récentes de Jean-Michel Aulas sur les étrangers en situation irrégulière vous inquiètent-elles pour l’avenir de ces mineurs à Lyon ? Craignez-vous que ce type de discoursaggrave concrètement la situation de ces jeunes à Lyon ?

Oui, c’est très inquiétant. Jean-Michel Aulas annonce dans ses tracts qu’il expulsera tous les squats, campements et églises sans jamais évoquer une solution de relogement, ce qui aggravera encore la situation.
 
 
10 – Et pour conclure, comment les citoyens peuvent-ils aider concrètement ces jeunes aujourd’hui ?

Régulièrement, nous lançons des appels pour nous aider sur le terrain. Il existe de très nombreuses façons de soutenir ces jeunes : du soutien scolaire aux accompagnements à des rendez-vous, du juridique au sein de l’AMIE, en passant par les loisirs, le bricolage dans les lieux de vie, ou simplement par des dons financiers (via notre cagnotte HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/exile-es-soutiens-lyon) ou en nature sur les lieux (pour cela, consulter la liste actualisée des besoins sur nos réseaux sociaux : https://www.instagram.com/collectif_soutiens_migrants_xr). Si vous avez la moindre question ou envie de nous soutenir, n’hésitez pas à nous contacter sur nos réseaux ou par mail (lecollege@riseup.net).

Nous interpelons régulièrement les institutions pour faire valoir le droit des jeunes et organisons des rassemblements ou manifestations pour un accueil digne. Chacun.e peut relayer et participer à ces évènements pour peser dans le rapport de force.

 

Propos recueillis par Sacha

Plus d’interviews ? Cliquez ICI !!!

Pour aller plus loin

📢 Fais tourner !

Aide-nous à faire connaître notre contenu en le partageant autour de toi 💥

Mouchebulle

Foutou’art est un journal sans actionnaire ni milliardaire véreux, qui « survit » grâce à ses lecteurs !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous post Le Crabouillon du Jour !
Panier Panier 0