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Réflexion — Putain. Merde. Fait chier. Bordel.

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Grégoire Damon, poète historique du collectif, nous a envoyé ce texte à chaud ce matin — une réaction sèche après la chape de plomb tombée sur Lyon ce week‑end.

Putain. Merde. Fait chier. Bordel.

Sont les quatre mots ou locutions qui résument l’humeur dans laquelle j’ai passé ce week-end. Je suis sûr que je ne suis pas le seul.

Putain. Merde. Fait chier. Bordel.

À tel point que ce matin j’ai la flemme de joindre une photo de belle jeune femme avenante de beau jeune homme athlétique de petit chat faisant un truc mignon sur un livre pour appâter l’algo. Parce que la belle jeune femme avenante tient peut-être une banderole anti-avortement le week-end et se met d’accord avec des groupes de néo-nazis pour piéger des antifas, que le beau jeune homme athlétique a peut-être une croix celtique tatouée dans le cou, parce que le petit chat fait si ça se trouve son truc mignon sur les pages des Décombres ou de Bagatelle pour un massacre.

Parce que ce week-end a été Naziland dans ma ville et qu’un caïd de région dont la maman fut pas mal de temps la maire du Chambon-sur-Lignon a trouvé intelligent de parer l’Hôtel de Région de ma ville et de ma région d’un portrait de nazi.

Alors voilà. Je me sens comme si j’étais en deuil ce qui est débile car on est généralement en deuil de choses et de gens qui viennent de finir et je me sens aussi comme au début de quelque chose. Que je n’ai pas une envie folle de voir.

Il faut quand même que je précise un truc ici. Si j’ai commencé à tenir ces chroniques sur le livre et le pouvoir et l’économie et la politique du livre, si avec des potos et potas libraires poètes etc on a monté le collectif TENIR ! autour de ces questions, c’est pas pour défendre notre petit intérêt perso – enfin si un peu, on défend notre petit intérêt perso de classe, mais surtout notre petit intérêt perso touchant vachement de monde à lutter contre l’étau d’un pouvoir qui cherche à nous ôter de la bouche nos possibilités d’exprimer, de diffuser et de partager autre chose qu’une propagande ultralibérale et réactionnaire et xénophobe.

On essaie – j’essaie – de faire ça avec discernement, sans foncer dès qu’on m’agite un drapeau ayant vaguement rapport avec mon intérêt d’auteur – il y a quelques mois on m’a invité par exemple à signer une pétition très vague sur la défense du droit d’auteur. J’ai rien contre avoir des droits moi auteur, mais la propriété intellectuelle c’est autant mon droit à pas me faire piquer mes textes que Monsanto qui brevète des variété de riz cultivées depuis 10000 ans par des paysannes et paysans en Inde.

Et bien que je sois vachement content de toucher mes 26 euros annuels de Libella, l’accès à l’information, au texte, à la pensée au plus grand nombre reste la priorité pour moi. Si t’as pas de thune pour acheter mes bouquins, je préfère que tu les chopes à la bibliothèque, qu’on te les prête ou que tu les voles plutôt que t’en priver.

C’est pour ça aussi que je bosse dans une bibliothèque, par ailleurs.

C’est sur ces entrefaites qu’un pote, aussi désemparé que moi mais pas du monde du livre – j’en ai encore deux-trois – me prête le beau livre publié par les éditions Burn-Août, « À bas l’État, les flics et les fachos » dont voici la quatrième de couv :

« Le Groupe Antifasciste Lyon et Environs (GALE) s’est formé en 2013 suite à la mort de Clément Méric. En 2022, l’État enclenche une procédure de dissolution à l’encontre du groupe. Une dissolution d’abord suspendue en référé par le Conseil d’État, puis finalement validée en novembre 2023. Dans « À bas l’état, les flics et les fachos », Olivier Minot recueille les paroles des militant·es de la GALE et raconte quinze années de luttes antifascistes, anarchistes et autonomes à Lyon. « 

Lecture indispensable ces jours-ci. J’en recauserai vendredi dans ma chronique sur les arts martiaux, mais ce qui m’intéresse de dire ici c’est que les éditions Burn-août, coéditrices de « Déborder Bolloré » – j’ai l’impression qu’ils ont pas mal influé sur la maquette – sont d’accord là-dessus : la circulation des idées prime sur la propriété, vous retrouverez le texte intégral sur le site de l’éditeur, ici : https://www.editionsburnaout.fr/publication/livre/ABLEF.html#p-18

Lisez ça sur votre liseuse, votre PC, votre téléphone. Imprimez-le et filez-le à votre entourage. Si vous avez de la thune, achetez-le. Faites-vous plaisir, c’est sous licence Creative Commons. Mais lisez ça.

Les communs c’est pas du luxe en ce moment. D’ailleurs j’ai très envie de trucs communs, je suis – et pas mal de potes à qui j’ai parlé ces jours-ci – putain de coincé dans la propriété intellectuelle de mon sentiment d’impuissance.

Voilà ce que j’avais à dire.

Voilà ce que j’arrive à en dire ce matin.

Ces réflexions sont éparses c’est la moindre des choses, je suis vachement épars ces jours-ci. J’ai quand même quatre mots ou locutions à quoi me raccrocher : Putain. Merde. Fait chier. Bordel.

 

Grégoire Damon

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