LITTÉRATURE/ HISTOIRE : L’EMMURÉE (LÉGENDE MÉDIÉVALE)/ 7 – Le Tombeau (PAR ANN)

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L’emmurée

Légende médiévale

VII –Le Tombeau

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Les gens du château se signent dans leur instinct animal et retourne à leurs corvées, ils ont déjà oublié le drame. La compassion fut une faute et l’indifférence est dans leur nature soumise. J’entends les saints hypocrites marmotter leur oraison. Gardes, enchaînez-moi bien à l’anneau. Que ne courrais-je entravée dans mes jupes, vous auriez vite rattrapé votre proie. Ils gâchent le mortier à grands coups de truelle pendant que des enfants apportaient des pierres que les ouvriers montaient en un mur de la honte. Les maçons terminent leur basse besogne. Sentez la chaleur de mes doigts égratigner la peau suintant des pierres de ce réduit. Sentez la raideur de mes doigts griffer mon visage figé par la terreur.

J’ai froid, j’ai peur… ô très pieuse Vierge Marie, ne rejetez pas mes prières… Mère, ô Douce Mère, chantez-moi comme autrefois cette berceuse : Mon petit oiseau a pris / sa volée / A pris sa, à la volette /A pris sa volée.

La dernière pierre est scellée, j’enrage et grave mes empreintes de mon sang pour l’éternité

Je vous maudis Tous. Pourquoi m’avez-vous abandonnée ? Pourquoi m’avez-vous menti, Dieu n’existe pas, entendez-vous pauvres de Vous, les prêtres ont inventé ces sornettes pour vous soumettre et le Malin pour me tuer…

Une souris me frôle… Du jour, de l’air, je veux respirer encore un peu… Un espoir, on va venir me délivrer. Oui, j’entends des pas, c’est pour moi… les pas s’éloignent. Ils auront oublié la masse pour détruire ce mur… Ils ne reviennent pas, ils se sont égarés ! M’auraient-ils oublié ? C’est la nuit, tout est calme…

Je voudrais crier mais je n’ai plus qu’un râle au fond de mes entrailles desséchées. Contre le mur, un arbre danse avec la brise, un nuage roule sur le ciel… Je déraisonne. Mes liens sont trop courts, je ne puis pas m’allonger, ni me lever. Accroupie dans ce cloaque que n’ai-je encore à me débattre, ma tête est lourde… Pardonne à mes bourreaux. Marie, je t’ai offensée un jour… deux nuits… peut-être plus, peut-être moins, je ne sais. Le soleil n’existe pas ou je ne me souviens plus… Marie, pardonne mes blasphèmes mais je doute.

Marie reçois-moi en ton sein, je suis prête. Je sombre dans ce sommeil dont on ne revient pas.

– Mon petit oiseau a pris / sa volée / A pris sa, à la volette /A pris sa volée, chantait Dame Isabeau à sa fille. Elle finit de remplir les feuillets débutés par sa chère Guenièvre puis elle les enfouit sous une dalle de l’âtre qu’on venait de bâtir…

Il fallut mille ans aux ruines de la place forte agrandie deux siècles plus tard, embellie de meneaux plusieurs décennies après pour qu’un curieux visiteur trouve un psautier sous le foyer de la cuisine. La place fut assiégée par des rivalités mais les sapes n’atteignirent jamais le donjon intact encore dans notre vingt-et-unième siècle gardant encore dans ses entrailles, Guenièvre la Jouvencelle.

Ann

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Chapitres précédents :

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 6 – Indulgences, vous dîtes ? (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 5 – Et Krak, c’est le retour des croisés. (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 4 – Du blé aux Sarrazins. (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 3– Croissant aux beurs (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 2– Byzance, c’est fini ! (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 1 – Têtes de Turcs (par Ann)

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