Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 6 – Indulgences, vous dîtes ? (par Ann)

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L’emmurée

Légende médiévale

VI –  Indulgences, vous dîtes ? (L’An 1102)

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J’avance vers mon supplice, ma délivrance. Marie, Mère de Dieu, j’ai peur. Seigneur, Tu sais que je t’aime, Tu sais tout, dis-moi, n’ai-je vraiment pas d’âme ? Les oies prient-elles pour leur salut ? Je suis comme le verrat qu’on égorge. On me mène entre ces pierres comme on livre une brebis au sacrifice. J’avance les mains entravées sur mon ventre endolori par l’effroi. Ventre béni de n’abriter jamais aucun de ces fruits pourris qui se feront demain nos tyrans. Je me soumets à mon destin, mais Seigneur aide-moi, je n’ai pas le courage d’une déesse. Seigneur Miséricordieux, pardonne-moi les péchés que je n’ai pas commis. Marie, donne-moi la force de supporter l’épreuve que mon père m’inflige.

Voyez le prévôt parader, le corps aussi sec que ses préceptes. La procession gagne les coursives desservant les cuisines, le saloir et la réserve. Je ne suis jamais venue en ces lieux… Un garenne pendu à un clou, l’orbite vide dégouttant de sang dans une seille. Entre les peaux tendues sur des cadres, des pommes flétrissantes sur les claies et des herbes séchant aux poutres. Du fromage finit de vieillir sous cloche. Les odeurs d’ail d’ours et d’eau grasse rappellent aux témoins de ma déchéance, les ripailles de la veille et la grande beuverie de la semaine d’avant. Ce baron hiératique, au fond de ce boyau sombre et humide jouit de l’innocente créature hésitante que je suis, je voudrais résister au garde. Je fais mon dernier pas dans le monde des vivants.

Père Dieu, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font, ils suivent aveuglément le Maître, seigneur et Maître cruel, mon père.

Je trébuche et tombe à genoux.

Pitié, pitié pour votre aide. On m’emporte au Tombeau vivante, vous ne pouvez pas laisser faire !

Et les pas feutrés par la sciure et le foin de tous mes gens qui passent devant le trou encore béant de mon infortune. Savent-ils ? Ils baissent le nez sur leur servile position. Mais n’êtes-vous donc point des hommes de bravoure et des femmes de cœur ? Que nenni ! Votre infortunée maîtresse attend la mort qui l’emportera.

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ANNE ANDRÉE-ROCHE

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Chapitres précédents :

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Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 5 – Et Krak, c’est le retour des croisés. (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 4 – Du blé aux Sarrazins. (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 3– Croissant aux beurs (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 2– Byzance, c’est fini ! (par Ann)

Littérature/ Histoire : L’emmurée (Légende Médiévale)/ 1 – Têtes de Turcs (par Ann)

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